Face à la recrudescence des violences sexuelles dans les zones de conflit, le Président Félix Tshisekedi adopte un ton plus ferme. Lors du Conseil des ministres de ce vendredi 4 juillet, il a dénoncé « un fléau persistant » qui « continue de défigurer notre nation, de briser nos communautés et d’offenser notre humanité ». Cette prise de position intervient alors que la République démocratique du Congo est régulièrement pointée du doigt pour l’impunité qui entoure ces crimes.
Le Chef de l’État s’est appuyé sur un chiffre alarmant : plus de 123 000 cas de violences sexuelles documentés en 2023, majoritairement dans l’Est du pays. Un bilan qui interpelle d’autant plus que certains auteurs seraient issus des rangs de l’armée et de la police. Les Forces armées de la RDC (FARDC), la Police nationale congolaise (PNC), mais aussi des groupes armés d’autodéfense comme les Wazalendo sont tous cités dans les rapports.
Conscient du rôle trouble joué par certaines institutions censées protéger les civils, Félix Tshisekedi a annoncé une ligne dure. Il a averti que « toute chaîne de commandement sera tenue responsable des actes commis sous son autorité » et que « la tolérance zéro sera désormais la règle » au sein des forces de sécurité. Il appelle à la responsabilité collective et à une application stricte des mécanismes disciplinaires et judiciaires existants.
Un tournant dans la mise en œuvre des engagements internationaux
Le président entend aussi relancer les engagements internationaux pris par la RDC dans ce domaine. Signataire en 2013 d’un communiqué conjoint avec l’ONU — renforcé par un addendum contraignant en 2019 —, le pays souhaite désormais accélérer sa mise en œuvre. C’est dans ce cadre qu’il a rencontré Mme Pramila Patten, représentante spéciale de l’ONU sur les violences sexuelles en période de conflit, pour établir une feuille de route opérationnelle.
Cette nouvelle dynamique s’accompagne d’instructions fermes données aux ministères concernés. L’Intérieur et la Défense devront appliquer leurs plans d’action respectifs, identifier et exclure les auteurs d’abus, et désigner des points focaux chargés du suivi. Le ministère de la Justice est appelé à engager des poursuites « sans complaisance » et à initier des réformes législatives pour combler les lacunes juridiques.
Du côté des Affaires étrangères, le chef de l’État exige un repositionnement stratégique de la RDC sur cette question au Conseil de sécurité des Nations Unies. Il s’agit, selon ses propos, de « restaurer l’image d’un État responsable » et de montrer que la lutte contre les violences sexuelles constitue désormais une priorité diplomatique.
Enfin, la coordination présidentielle pour la jeunesse et les femmes aura la responsabilité de suivre la mise en œuvre de l’addendum. Un rapport d’exécution global devra être transmis au Chef de l’État dans un délai de 30 jours. Reste à savoir si cette volonté affichée de rupture avec l’impunité se traduira concrètement sur le terrain.
PK





