Nord-Kivu – Rançons des ADF contre les otages par Mobile Money : La société civile exige la traque des réseaux financiers

 

Le président de la société civile de la ville de Beni, Maître Pépin Kavotha, appelle les autorités congolaises à démanteler les réseaux financiers qui alimentent les rebelles des ADF, à la suite des révélations du récent rapport du Groupe d’experts des Nations unies. Selon lui, les informations contenues dans ce document confirment les alertes que les acteurs de la société civile lancent depuis plusieurs mois sur le terrain.

Le rapport des experts indique que, sous la pression des opérations militaires et de la réduction du soutien financier extérieur, les ADF ont développé un système de financement local fondé sur la taxation des populations civiles, des commerçants et des producteurs de cacao dans les territoires de Beni, Lubero, Mambasa et Irumu. Les rebelles imposent également des rançons aux personnes enlevées afin de financer leurs activités.

Pour Maître Pépin Kavotha, cette réalité est déjà bien connue dans la région de Beni et de Lubero.


« Depuis un certain temps, dans la région de Beni et Lubero, nous avons constaté que les ADF imposent des jetons aux cultivateurs pour accéder à leurs champs. Ils exigent aussi des rançons de 5 000 dollars, payées par Mobile Money : M-Pesa, Orange Money, Airtel Money. Malheureusement, les autorités ne sont pas en train de s’y impliquer. Dans les réunions auxquelles nous participons, on a déjà alerté les autorités locales et provinciales, même lors du Forum de paix de Beni », a-t-il affirmé.

Lire aussi  Butembo : la sécurité communautaire et le civisme fiscal au cœur des échanges entre Kasivita et les couches sociales

Le responsable de la société civile estime que les transactions électroniques utilisées pour le paiement des rançons devraient permettre aux services de sécurité de remonter jusqu’aux auteurs et à leurs complices.

« Les rançons passent par des transactions mobiles. J’appelle les autorités à travailler en collaboration avec les opérateurs de télécommunication pour identifier et mettre la main sur ces gens qui rançonnent la population. Nous savons qu’il y a des complices au sein de la communauté. Ils servent de pont entre l’ennemi et la population. Ce qu’on a lu dans le rapport des Nations unies corrobore les réalités du terrain. Les autorités doivent mettre la main à la pâte afin d’arrêter ces genres d’abus. J’appelle aussi la population à se désolidariser de ces criminels et à collaborer avec les services de sécurité afin de mettre fin à cette barbarie », ajoute maître Pépin Kavotha.

Dans son rapport, le Groupe d’experts des Nations unies révèle que les ADF ont instauré un système de taxation dans plusieurs zones de l’est de la RDC en utilisant notamment des jetons de circulation baptisés Dubius ainsi que des certificats de paiement destinés aux producteurs de cacao. Les experts soulignent également que les enlèvements contre rançon constituent aujourd’hui l’une des principales sources de financement du groupe armé.

Lire aussi  Beni : la société civile dénonce des tracasseries sur les axes agricoles à Oïcha et salue des engagements militaires pour y mettre fin

Pour Maître Pépin Kavotha, la lutte contre les ADF ne peut plus se limiter aux opérations militaires. Il estime qu’il est désormais impératif de s’attaquer aux circuits financiers, aux réseaux de complicité et aux mécanismes qui permettent aux rebelles de continuer à financer leurs activités criminelles.

JC Mbafumoja, à Oïcha

Lire aussi

Les plus populaires