Une nouvelle marque de café produit à Kinshasa vient d’être lancé sur le marché. Il s’agit de « la Kinoise », produit par Tisia Mukuna, entrepreneuse engagée dans l’agriculture.
Dans un entretien exclusif avec ACTU7.CD, Tisia Mukuna explique les motivations, sources de financement et les perspectives d’avenir dont elle ambitionne avec ce projet.
Vous êtes très jeune, mais engagée dans l’agriculture, pourquoi?
Tisia Mukuna : Je suis dans ce secteur depuis de nombreuses années parce que l’agriculture m’a toujours passionnée. J’ai fait mes études en France mais, je revenais souvent au Congo pour prendre soin de ma plantation et de mon projet. Cela va faire environ 3 ans (2017) que je suis vraiment focus sur La Kinoise et c’est cette année que nous avons commencé à le commercialiser. J’ai fait des études en Business et Administration, Master en marketing à Paris à l’IESEG ( Institut d’Économie Scientifique et de Gestion) et un MBA à Shanghai International University en Chine. Je suis plus axée sur le commerce mais l’agriculture est une passion et j’ai réussi à lier les deux.
Vous êtes initiatrice d’un nouveau café 100% congolais, de quoi s’agit-il exactement ?
TM : La RDC produit du Café depuis toujours plus précisément dans l’Est, mais les gens ignorent qu’il y a du Café aussi dans d’autres provinces du pays, voire ici à Kinshasa où la terre est également fertile. Il y a certes de nombreux autres cafés au Congo mais, qui ne sont pas produits par les Congolais et d’autres dont la société de production n’est pas congolaise. Avec « La Kinoise », nous avons voulu valoriser le sous-sol de notre pays. C’est un café totalement congolais.
Kinshasa est vaste, d’où précisément est produit la Kinoise et comment?
TM : Notre plantation est dans la Commune de Mont-Ngafula après la Chute de la Lukaya. C’est là qu’on cultive le café « La Kinoise ». La récolte s’effectue souvent entre juin et septembre, et après nous confions le café à l’Office National du Café (ONC) qui décortique ce café, le séche, le torréfie, et le moud.
Pour que « La Kinoise » arrive à être commercialisé, je ne suis pas seule dans ce processus. Je travaille avec un agronome ainsi qu’une société de distribution congolaise Vendis World qui nous permet de nous positionner dans les supermarchés.
Il y a plusieurs sortes de café déjà sur le marché Congolais, pourquoi les Congolais doivent consommer «la Kinoise»?
TM : Il faut consommer la Kinoise parce que c’est un café local, qui met en valeur le savoir congolais. On est très peu à produire un café 100% congolais, une manière pour nous de soutenir notre économie.
Quelles sont les différentes saveurs que vous proposez ?
TM : Nous proposons trois saveurs de café notamment le café Arabica, qui est doux et fruité, très bon pour accompagner le dessert. Arabusta qui est plus corsé et intense, bon à prendre le matin et enfin, le Mocaccino qui est une alliance de café et de chocolat, doux et savoureux, il est parfait pour des personnes qui sont sensibles à la caféine.
Quelles sont les difficultés que vous rencontrez dans la production de ce café ?
TM : Il y a deux difficultés majeurs que je rencontre.
La première c’est l’industrialisation parce que pour produire du café prêt à consommer, ça demande des machines qui coûtent cher, du coup pour les avoir il faut plus des moyens. Et au-delà de ces machines il faut avoir de l’énergie pour les faire fonctionner donc une forte main d’oeuvre.
La deuxième difficulté ce que parfois entre congolais on pense qu’acheter un produit importé c’est de la bonne qualité. Et pourtant ce n’est pas nécessairement le cas. Donc, il y a un changement des mentalités à opérer. On doit se soutenir entre nous. C’est rare de voir qu’un japonais puisse acheter le riz chinois et vice versa. Et pourquoi nous les congolais nous préférons le café d’ailleurs alors que certains compatriotes le produisent. On enregistre aussi des difficultés pour la production des emballages. Importer les emballages, c’est très compliqué au niveau du transport et de la douane, le gouvernement pourrait nous aider pour le dédouanement et les taxes.
La Kinoise se vend où et à combien ?
TM : Le café est vendu à 2.1 $ et le Mocaccino à 4 dollars.
Pour l’instant, le café peut être trouvé chez S&K et City Market. Et pour les restaurants, chez Crepolia au Premier Mall, à Surprise Tropicale, Noosy Coffee et à la Boutique Manitech. Bientôt, nous espérons pouvoir vendre le café en dehors des frontières kinoises.
Tu n’as pas peur de la Concurrence ? Le terrain est quand même saturé?
TM : Il y’a la concurrence, je le sais. Mais nous ce que nous voulons c’est promouvoir le savoir-faire africain. Nous voulons qu’il y ait un éveil de conscience pour pousser l’Afrique à s’imposer aussi dans le secteur de Café.
Pourquoi le secteur agricole en RDC ne décolle pas?
TM : Je pense qu’ il y a quand même de la volonté, mais le travail est immense. Ce qui sera intéressant c’est d’avoir la parole de plusieurs agriculteurs pour comprendre le besoin et travailler ensemble. Et ce qui est important est que le Ministère de l’agriculture doit travailler avec celui de l’industrie, parce qu’on doit industrialiser notre agriculture, surtout en impliquant les jeunes. Par exemple, il y a des tomates au Congo mais dès qu’on met l’industrie dedans on aura des ketchups. L’agriculture associée à l’industrie, cela va booster l’économie nationale.
Les congolais ne s’intéressent pas assez à l’agriculture, mais en tant que femme entrepreneuse que diriez-vous à ceux qui vous regarde de loin?
TM : Le monde fait face ce dernier temps au coronavirus, pendant le confinement on s’est rendu compte qu’il faut être nourri donc l’agriculture c’est l’alimentation. L’agriculture doit être une priorité pour tous les pays.
L’Ethiopie a boosté son économie grâce au café, et, le Vietnam a boosté également son secteur économique grâce au café. Il est le 2ème exportateur du café.
La grande question c’est de savoir pourquoi la RDC importe les produits finis alors qu’on a tout ici donc c’est cette incohérence là qu’il faut réussir a faire comprendre aux gens pour que tout le monde s’intéresse à l’agriculture.
Il y a beaucoup de filles ambitieuses avec des projets bien écrits, mais elles n’ont pas l’occasion de démarrer, quel message avez-vous pour elles?
La principale de choses c’est d’avoir la volonté. Quand on a la volonté on sait se structurer. Le premier conseil que je donnerai c’est de prendre un cahier et un stylo et répondre à ces questions : mon projet c’est quoi? En quoi cela sera utile à la société ? Quelle solution je vais apporter, à quel problème ? Une fois que cela est fait, alors, interrogez vous combien il me faut pour ce projet ? De quoi j’ai besoin? En bref savoir bien cadrer son projet pour réussir. Dès que c’est fait, il faut toquer de porte-à-porte, question de réunir les moyens afin de démarrer.
Dostin Eugène Luange





