RDC : Tout savoir sur les opérations militaires conjointes FARDC-UPDF à Beni (Dossier)

Les troupes militaires ougandaises sont officiellement entrées en République Démocratique du Congo (RDC) le mardi 30 novembre dernier à partir de Nobili, en territoire de Beni au Nord-Kivu. « C’est dans l’objectif de traquer les rebelles ADF (Forces Démocratiques Alliées), conjointement avec les Forces armées de la RDC », a déclaré le porte-parole de l’armée ougandaise dans un communiqué officiel.

Une controverse au sein de la classe politique

Quelques jours avant l’entrée de ces troupes ougandaises sur le territoire congolais, une polémique s’était installée au sein de la classe politique congolaise. Pendant que le porte-parole du Gouvernement congolais démentait l’information selon laquelle les troupes ougandaises seraient entrain de préparer une traque contre les ADF en RDC, plusieurs acteurs étatiques et non-étatiques se prononçaient déjà sur cette question. « Il n’y a aucune troupe ougandaise sur le sol congolais », avait clairement dit Patrick Muyaya, porte-parole du gouvernement congolais lors d’un briefing de presse le 29 novembre 2021 à Kinshasa.


Pendant ce temps à Beni, l’Ouganda frappe les positions rebelles. Tôt le matin de mardi 30 novembre 2021, plusieurs camps appartenant aux rebelles ADF ont été pilonnés par les forces ougandaises. Plusieurs pertes humaines enregistrées au côté assaillants, tel que précisé par le porte-parole de l’armée ougandaise via son compte Twitter, tout en précisant que ces opérations militaires ont été effectuées en étroite collaboration avec les Forces armées de la RDC.

Quelques heures plus tard, il a été au Ministre national de la Communication et Porte-parole du Gouvernement congolais de confirmer cette nouvelle en ajoutant que « c’était là le début des opérations militaires conjointes entre les forces ougandaises et congolaises pour la traque des rebelles ADF qui sont responsables de plusieurs dégâts humains et matériels dans les deux pays voisins ».

Le bilan de cette première journée d’offensives était de quatre (4) importants camps des ADF détruits ainsi que plusieurs combattants neutralisés, à en croire les propos du porte-parole de l’armée ougandaise.

L’histoire d’une guerre qui a perduré

Quelques lustres plus tôt, les rebelles ADF étaient frappés par l’armée ougandaise en Ouganda, leur pays d’origine, où ils commettaient déjà plusieurs crimes. Ils se sont donc retranchés de l’Ouganda vers les forêts et montagnes du territoire de Beni en RDC. De là, ils planifiaient des attaques contre les régions ougandaises pour déstabiliser le pouvoir de Kampala.

Plusieurs années écoulées, l’ADF, qui était à la base une rébellion contre Ouganda, a commencé à s’attaquer aux populations civiles congolaises.

Depuis 2014, près de huit mille (8.000) civils ont déjà été tués au cours des attaques armées menées par ces assaillants dans les contrées du territoire de Beni au Nord-Kivu et Irumu en Ituri. Le Gouvernement congolais a mis en place plusieurs opérations militaires pour éradiquer ce phénomène, cependant les atrocités se poursuivent toujours.

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Le 31 octobre 2019, le Chef de l’État Félix Tshisekedi lançait à Beni les opérations militaires dites « de grandes envergures » pour la même cause. Près de deux (2) ans plus tard en mai 2021, le président a finalement décrété le dispositif de l’état de siège sur les provinces du Nord-Kivu et Ituri, les régions en proie de l’activisme des groupes armés dont les ADF et la CODECO (Coopérative pour le Développement du Congo). Ce dispositif, considéré comme la réponse ultime aux conflits armés de Beni et Ituri est accompagné par des opérations militaires.

Ce que pensent les habitants de Beni face à l’intervention de l’Ouganda dans la traque des ADF

Au lendemain de l’entrée des troupes ougandaises sur le territoire congolais, les réactions sont multiples et diversifiées au sein de la population locale.

Les habitants qui ne jurent que sur le retour de la paix à Beni, encouragent ces opérations militaires conjointes, mais continuent à se poser plusieurs questions.

« Le Gouvernement congolais a-t-il veiller sur le nombre exact des militaires ougandais qui sont entrés au pays ? Quel mécanisme prévoit-il afin que ces troupes ne tombent pas dans l’affairisme en oubliant les raisons principales de leur déploiement en RDC ? », S’interroge Mulwahali Fabrice, cadre de la jeunesse de Beni.

Et à un autre de dire, « la population de cette région a besoin seulement de la paix quelque soit son origine ».

Un jeune licencié en faculté de droit à l’université officielle de Semuliki Beni, lui, pense que l’histoire de guerre entre les deux (2) états est parsemée des moments sombres, ce qui fait « qu’il faudra procéder par poser des véritables garde-fou dans ces opérations et limiter ces opérations dans le temps.

Toutefois, les propos de ce jeune homme appuient la récente déclaration de la coordination urbaine de la société civile de Beni dans laquelle cette structure des forces vives confirmait son soutient aux opérations militaires FARDC-UPDF, cependant, avec quelques conditions préalables.

« Beaucoup de nos familles ont été égorgées par les ADF. Nous pensons que si les troupes ougandaises viennent pour une mutualisation d’efforts, la société civile ne peut qu’encourager. Cependant, nous aimerions savoir si ces troupes sont venues pour combien de temps ? Est-ce que ce n’est pas l’occasion pour qu’elles restent sur le sol congolais ? Nous craignons que ces troupes y restent et commencent à exploiter les ressources naturelles », avait déclaré Maître Pépin Kavotha, le président de la société civile, coordination urbaine de Beni.

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Benjamin Asimoni, un jeune leader de la place est du même avis que ses prédécesseurs. Il estime que l’Ouganda maîtrise bien plusieurs stratégies de traque contre les ADF étant donné que ces assaillants avaient été vaincus en Ouganda.

« Ce n’est pas la première fois qu’une force étrangère intervienne en RDC, les troupes rwandaises ont déjà mené des actions militaires avec les FARDC. Toutefois, j’encourage l’approche de l’intervention ougandaise, car il n’y a pas eu de mixage avec les FARDC, mais juste des opérations conjointes », a-t-il dit. De ce fait, ce dernier craint que l’intégrité du pays soit en danger suite à cette entrée des troupes étrangères.

L’intervention de l’UPDF confirme-t-elle l’échec des FARDC ?

Si plusieurs personnes appuient l’implication de l’Ouganda dans l’éradication de la guerre en RDC, il existe aussi d’autres citoyens qui qualifient cet événement de « preuve suffisante pour l’échec des opérations militaires menées par les forces armées de la RDC ».

« C’est une honte parce que l’entrée de l’UPDF en RDC est une preuve éloquente de l’échec des FARDC et de ses partenaires dans l’éradication des ADF dans cette zone », a déclaré un habitant de Beni, qui a préféré garder l’anonymat.

« Néanmoins, ces opérations sont aussi importantes pour la population de Beni du fait que, pour cette dernière, n’importe quel mécanisme est aujourd’hui nécessaire pourvu qu’il aboutisse au rétablissement de la paix », a-t-il chuté.

Les réactions sont nombreuses au niveau local et national en ce qui concerne l’entrée des troupes ougandaises en RDC et des opérations conjointes FARDC-UPDF dans la traque contre les ADF.

Tout comme la population locale, certains élus nationaux et provinciaux soutiennent cette initiative tout en exigeant au Gouvernement congolais, des dispositions nécessaires pour éviter les dérapages au cours de ces opérations.

Saidi Balikwisha, député provincial du Nord-Kivu, a suggéré que le protocole d’accord signé entre l’Ouganda et la RDC avant l’entrée des troupes ougandaises soit rendu public.

Notons qu’après deux (2) attaques meurtrières à la bombe à Kampala, la capitale ougandaise, le Gouvernement ougandais a accéléré le processus de mener des opérations militaires en RDC en vue de neutraliser les rebelles ADF qui redeviennent une menace permanente pour le pays de Yoweri Kaguta Museveni.

« Entrées en RDC depuis Nobili, chefferie de Watalinga en territoire de Beni au Nord-Kivu, les troupes ougandaises resteront en RDC jusqu’à l’anéantissement total des rebelles ADF », a indiqué le porte-parole de l’armée ougandaise.

David Lupemba

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