« Son Éminence Cardinal Ambongo : un Prélat ne devrait pas dire ça ! » Une exhortation de Jean Thierry Monsenepwo Mutoto, opérateur politique et économique

 

Mélanger systématiquement et habilement Dieu et César induit notre cardinal à un tropisme militant qui cache mal son aversion viscérale des tenants du pouvoir politique dans notre pays. L’opinion est entrain de s’habituer au prisme déformant à travers lequel le cardinal Ambongo a coutume d’évaluer la gouvernance actuelle. C’est une première qu’un prélat de son rang ne soit porté qu’à voir partout le vice, tout en mettant un point d’honneur à ne jamais dresser de chandelle à des avancées perceptibles. Voilà pour l’option idéologique du Cardinal qui permettra d’élucider ses prises de position présentes et à venir.

C’est dans ce contexte qu’il faut situer sa sortie médiatique en fanfares à Kikwit à l’occasion du dixième anniversaire d’épiscopat de Monseigneur Timothée Bodika, évêque de Kikwit, qui coïncidait avec le lancement de l’Assemblée plénière des évêques de la province de Kinshasa, regroupant le Kongo Central, Kinshasa et le grand Bandundu.

Tout ceci se passe dans un environnement dominé par l’agression de la RDC par le Rwanda à travers le M23. Alors que la nation toute entière, par-delà les clivages politiques et idéologiques, est mobilisée derrière le commandant suprême pour infliger une cinglante défaite aux envahisseurs, le cardinal choisit de s’isoler dans des polémiques ringardes et des prémonitions apocalyptiques.


L’on aurait souhaité que la colère épiscopale du cardinal s’orientât vers les agresseurs de notre pays qui risquent, par dessus le marché, d’empêcher le bon déroulement de la mission du Souverain pontife à Goma… Mais c’est mal connaître l’obsession du cardinal pour son souffre douleur au pouvoir qu’il n’épargne en aucune solennité.

Depuis kikwit, le cardinal Fridolin Ambongo a, une fois de trop, cogné sans gants sur le régime, en faisant des raccordements avec l’ascension du Christ.

D’un point de vue purement ecclésiastique,
le premier des prélats catholiques devrait, à chaque fois que de besoin, se souvenir qu’au sein de l’église catholique, se trouvent des chrétiens de tous bords politiques. Ce qui devrait conduire la direction de l’église à adopter une neutralité active. Neutralité dans le sens d’éviter d’épouser systématiquement le discours d’un camp aux dépens d’un autre. Neutralité active dans le sens d’accompagner l’éveil spirituel et social, en rappelant certes les devoirs des uns et des autres, mais aussi en soutenant ce qui est fait en bien, à l’instar de la gratuité de l’enseignement, du projet de développement des 145 territoires, de l’ajout sur le salaire des fonctionnaires, des projets de construction, du budget national en augmentation, et de la lutte acharnée contre la corruption. Une politique d’encouragement est toujours préférable aux attaques systématiques faisant cyniquement fi de tous les efforts consentis par les gouvernants, au vu et au su de tous. Tout ce qui est excessif devient dérisoire. L’excès dans la critique risque de faire perdre sa saveur à toute critique constructive.

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Pour ce qui est du message, le Cardinal estime avoir déjà vu le « glissement » dans une boule de cristal??? Selon lui, le glissement serait impossible à accepter dans la mesure où le Christ lui-même n’a pas glissé. Loin de nous l’idée de plébisciter le glissement, car tous souhaitons que la ceni puisse tenir les dates fixées. Néanmoins, que faire en cas d’impondérables, l’action humaine étant par définition perfectible ? Que faire en cas de force majeure ? Étant d’essence divine, Jésus Christ ne pouvait qu’avoir un ascendant sur le temps et l’espace, lui permettant de tenir rigoureusement les délais lui impartis par son père céleste. Le processus électoral, quant à lui, est une affaire d’humains avant tout, dans un pays où tout est prioritaire. Au-delà de la CENI, le processus électoral est un dispositif holistique où chacun, y compris l’église catholique, doit jouer sa partition. La pression devrait être orientée sur la classe politique d’abord, ensuite sur la ceni et enfin sur l’exécutif. Le rôle d’une autorité morale de la trempe du Cardinal, c’est aussi d’indiquer la voie à suivre pour la sauvegarde du contrat social plutôt que de rendre une seule institution responsable de tous les péchés d’Israël.

Nous avons également entendu le cardinal soutenir que notre pays n’est pas un paradis. Quelle vérité de Lapalisse ! Le b.a.ba de la catéchèse commence par l’explication de la foi chrétienne comme un cheminement vers la félicité céleste. Depuis qu’Adam et Ève avaient désobéi à Dieu au jardin d’Éden, il n’y a plus aucune possibilité de rééditer l’exploit d’un paradis sur la terre des hommes. C’est cela même l’escathologie chrétienne. Que le Cardinal s’abîme dans la nostalgie du jardin d’Éden à cause de la pauvreté ambiante contre laquelle le leadership national se bat bec et ongles semble pour le moins anecdotique. « Les pauvres, disait Jésus-Christ à Judas l’iscariote, vous les aurez toujours avec vous ». Même où vit le vicaire du fils de Dieu au Vatican, il y a des pauvres. Aucun coin du monde n’est paradisiaque. D’où l’aspiration de tous à aller au ciel vivre le paradis que même Crésus dans opulence n’avait de cesse de désirer.

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Les volées de bois vert du Cardinal sur le pouvoir actuel auxquelles il va falloir s’habituer n’effaceront guère le lourd passif hérité d’un passé autrement plus infernal. Malgré ce passif couplé aux aléas de la covid-19 et de la crise énergétique et alimentaire causée à l’échelle planétaire par la guerre en Ukraine, le budget a été multiplié par deux, avec un équilibre entre les recettes et les dépenses, sans que le Cardinal Fridolin Ambongo ne s’en émeuve le moins du monde. Pour sa gouverne, ce pouvoir n’a que 3 ans de vie. Avant l’avènement de Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo, tout le monde sait comment le pays a été précipité dans la géhenne par l’inconséquence de ses dirigeants successifs. Sauf si le Cardinal Ambongo est détenteur de la poudre de Perlimpinpin, à l’échelle humaine, il est impossible de se relever d’une abîme de 60 ans en à peine 3 annuités. La reconstruction est un processus qui ne peut se dérouler que dans une fourchette bien définie du temps.

La question à cet égard est de savoir si en 3 ans rien n’a été fait ? Beaucoup a été fait. Assez? Peut être pas. On n’a certes pas fait mieux, c’est évident. Mais la volonté de mieux faire est implacable. La volonté politique de Félix Tshisekedi crève l’oeil autant qu’elle brûle la rétine. Le budget en constante augmentation est là pour en témoigner. Donc beaucoup sera fait très vite, en plus de ce qui est fait. Que le Cardinal ne nous en tienne pas rigueur ! Nous ne sommes que des humains habités par la volonté de tout donner à la nation. Puisse l’archevêque de Kinshasa implorer sur nos dirigeants la grâce divine pour mener à bon port leur vision de grandeur pour le pays de Lumumba !

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