Retrocommission, trafic d’influence, abus de pouvoir : Vidiye Tshimanga pris la main dans le sac

 

Il est tombé pile dans le filet de faux investisseurs ! Vidiye Tshimanga, conseiller spécial du Chef de l’État en matière stratégique, a été piégé par un homme et une femme qui prétendent travailler pour un conglomérat basé à Hongkong (Chine). Ils ont pris soin de filmer, en cachette, toutes leurs rencontres avec ce dernier dans lesquelles des révélations accablantes ont été faites.

Il s’agit ici d’une enquête réalisée en juillet dernier notamment par le consortium d’investigation OCCRP, spécialisé dans la lutte contre la corruption. Deux (2) personnes ont donc été choisies pour jouer le rôle d’investisseurs ».

Vidiye Tshimanga qui a échangé à trois (3) reprises à Londres, dont deux (2) fois en présentiel, avec ces interlocuteurs, offre un accès aux mines du pays, en contrepartie d’une retrocommission. Les deux (2) « mystérieux » investisseurs qui prétendent s’intéresser aux mines de la RDC, voulaient d’abord en savoir un peu plus sur les relations que Tshimanga entretient avec Félix Tshisekedi. Sa réponse était très souple : « Moi, c’est le Président. Le Président ne fait pas les affaires [directement] (…) Si je demande [au Président] quelque chose, il donne », leur a-t-il répondu d’un ton aisé en anglais.


Les affaires et le pourcentage

Le conseiller du Chef de l’État en matière stratégique a proposé à ses interlocuteurs de créer avec eux une société à une participation déguisée par des prête-noms et des montages offshores opaques. Et là, il parle de pourcentage au cas où il s’engageait dans une affaire avec ces prétendus investisseurs.

« Si nous faisons des affaires ensemble, je prendrai mon pourcentage de l’investissement et je gagnerai de l’argent », relève l’ancien président de DCMP qui n’a pas hésité d’affirmer qu’il usera de son influence pour obtenir des licences d’exploitation minière, protéger leur investissement contre les fonctionnaires indiscrets… avant de promettre d’agir « pour le compte du Chef de l’État ».

Celui qui affirme avoir « financé la campagne électorale de Félix Tshisekedi », a aussi indiqué que sa position publique l’empêche de conclure des contrats à titre privé. À défaut d’aller par la voie régulière, une autre alternative « peut faire l’affaire ».

« Nous avons différentes façons de faire. La société ne sera pas à mon nom, car je suis un PEP [politically exposed person, ndlr]. Nous avons des trusts qui sont sur l’île Maurice, nous avons différentes façons de le faire. Mais généralement, nous mettons les noms des personnes que nous contrôlons dans le pays. Mais c’est nous qui dirigeons. […] Je suis toujours derrière », souligne-t-il.

Proposition alléchante

Mais déjà, lors de leur première rencontre, Vidiye Tshimanga avait proposé à la « firme » de s’associer à sa société congolaise COBAMIN. Pour rendre le projet un peu plus alléchant, il a détaillé un accord conclu entre sa société et Ivanhoé Mines.

« Avec Ivanhoe, ils ont 80%, j’en ai 20. Mes 20% sont divisés en deux, donc vous avez 10%, c’est COBAMIN, ma société. Les autres 10%, parce que dans la loi minière, vous avez l’obligation d’avoir une personne congolaise [dans la société]… [Cette] personne congolaise est quelqu’un que nous avons choisi », a-t-il expliqué.

Par ailleurs, Tshimanga s’est bombé la poitrine en affirmant avoir d’autres partenaires. L’un d’eux lui aurait même promis un hélicoptère pour l’emmener de Londres à Paris pour discuter d’une concession et aurait promis d’injecter « 200 millions ».

En RDC, le flou continue à persister sur l’octroi de site minier malgré que le code minier révisé fixe toutes les conditions. Lors d’un meeting à Kolwezi (Lualaba) en 2021, le Chef de l’État avait mis en garde tous ceux qui exploitent ou font exploiter illicitement les minerais de la RDC. Félix Tshisekedi parlait même de la renégociation de tous les contrats miniers pour que ceux-ci soient bénéfiques pour tous les congolais.

Patrick Nguwo

 

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