Kinshasa : ce que doit faire Gecoco Mulumba pour réussir (Tribune de Rombaut Kasongo M.)

 

Nommé gouverneur ad intérim après la suspension de son titulaire, Gentiny Ngobila, cité sur la liste des présumés fraudeurs lors des élections du 20 décembre 2023, Gérard Mulumba, dit Gecoco, veut imposer sa marque à la tête de la capitale de la République Démocratique du Congo (RDC).

Comme premier acte, il est en train de transformer le rond-point des Huileries (dans la commune de Lingwala), devenu depuis un temps un dépotoir, en un lieu sain et vivable. Aussi, a-t-il lancé des travaux de la réhabilitation de la célèbre avenue Nguma, dans la commune de Ngaliema, passant même devant la résidence de Gentiny Ngobila.

Dans le souci sûrement de prouver qu’il manque une petite dose de volonté politique pour faire de Kinshasa l’une des plus belles villes du continent africain, Gecoco Mulumba vient de donner des directives, à travers une lettre signée le vendredi 26 janvier, à tous les vingt-quatre bourgmestres de la ville de Kinshasa. Aux termes de cette lettre, il instruit les bourgmestres de ne plus accorder des autorisations d’exploitation des lieux publics aux privés, d’évacuer les emprises publiques, de débarrasser la capitale des garages et marchés pirates… Bien plus, il a instruit les bourgmestres d’identifier les nids-de-poul qui créent des embouteillages dans le ville. Reste à savoir s’il trouvera une oreille attentive auprès des bourgmestres dont la plupart ne devraient pas garder leurs postes après les dernières élections municipales.


Après la lecture de cette lettre-instructions signée par l’autorité urbaine, je me suis posé quelques questions. Quels moyens financiers et humains dispose-t-il pour réussir sa mission ? Sur quel pilier politique va-t-il s’appuyer pour mettre en pratique sa feuille de route quant à l’assainissement de la capitale de la RDC ? Cette dernière question s’avère principale quand on sait que la plupart des terrasses, bars, boîtes de nuit, magasins… qui occupent les emprises publiques appartiennent aux membres de famille des officiers des FARDC, de la police, des ministres, des députés… Journaliste, je me rappelle que Kimbembe Mazunga, alors gouverneur de la ville de Kinshasa, avait identifié 123 constructions anarchiques dans la capitale. Aussitôt qu’il avait lancé le plan de l’exécution de destruction de ces constructions anarchiques qu’il avait été débarqué de l’Hôtel de ville.

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Ce n’est pas la première fois que Gecoco Mulumba décline ses bonnes intentions de donner un autre visage à la ville de Kinshasa. Nommé vice-gouverneur, il avait lancé les travaux de l’assainissement de l’avenue des Poids-Lourds, mais aussi la chasse aux occupants des espaces publics le long du boulevard Lumumba, l’évacuation des épaves des véhicules… Sa marche s’était brusquement arrêtée sans qu’il ne fournisse des explications aux Kinois.

Interrogés, plusieurs Kinois estiment que le gouverneur ad intérim a oublié un partenaire clé pour mettre en pratique sa feuille de route : la police. Pour plus d’un observateur, à Kinshasa, les embouteillages ne sont pas seulement causés par la mauvaise qualité des routes, mais c’est aussi et surtout à cause de l’indiscipline des chauffeurs (qui foulent aux pieds le Code de la route) avec la complicité des éléments de la Police de Circulation Routière (PCR).

Dans des carrefours où ils opèrent, les éléments de la PCR donnent l’impression n’ont pas de venir réguler la circulation ou d’empêcher les embouteillages, mais de venir faire la « cueillette ». Vice-gouverneur de la ville de Kinshasa, Gecoco Mulumba avait dénoncé, il y a quelques mois, dans la commune de Bandalungwa, alors qu’il détruisait des terrasses érigées sur la voie publique, le non accompagnement de la Police dans les actions de l’assainissement de la capitale entreprises par l’Hôtel de ville. Sans l’accompagnement des autorités de la Police (qui devraient rappeler leurs éléments à l’ordre), Gecoco Mulumba ne gagnera pas le pari de mettre fin aux embouteillages dans la ville de Kinshasa. Bien plus et surtout, le pari de la lutte contre le banditisme urbain (communément appelé phonème kuluna).

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Aussi, la démarche de l’autorité urbaine devrait être pédagogique. Il doit expliquer à ses administrés le bien-fondé de son action. Car, à Kinshasa, les emprises publiques sont prises d’assaut par de petits commerçants. Ces deniers expliquent qu’ils sont obligés de se lancer dans la débrouillardise afin de faire face au chômage. Gecoco Mulumba devra trouver des mots pour convaincre ces Kinois qui ne peuvent pas nourrir leurs familles s’ils croisent les bras.

Personnellement, je crois que pour réussir l’application de sa feuille de route, Gecoco Mulumba devrait faire une bonne planification pour savoir comment et avec qui il va travailler. S’il se lance dans une aventure populiste, il risque de parler un jour « des erreurs du passé ».

Rombaut KASONGO MABIA

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