Décès de Kalev Mutond à Paris : Retour sur le parcours du « super flic » sous Kabila

 

 

Kalev Mutond, ancien administrateur général de l’Agence nationale de renseignements (ANR), est décédé ce lundi 5 octobre 2026 à Paris, en France, à l’âge de 69 ans. Né le 3 mars 1957, il aura consacré une grande partie de sa carrière aux services de renseignements de la République démocratique du Congo.

Les informations publiques concernant son enfance et sa formation scolaire restent limitées. Les documents officiels disponibles indiquent sa date de naissance, le 3 mars 1957, mais ne permettent pas d’établir avec certitude l’établissement dans lequel il aurait effectué ses études secondaires ou universitaires. Concernant son lieu de naissance, les archives américaines mentionnent le Kasaï comme lieu de naissance et indiquent également Likasi, dans l’ancien Katanga, comme lieu de naissance alternatif. Certaines biographies le présentent par ailleurs comme originaire du sud du Katanga.

Ce qui est davantage documenté est son entrée progressive dans l’univers du renseignement. Selon les biographies disponibles, Kalev Mutond aurait commencé au bas de l’échelle au sein des services qui ont précédé l’ANR, notamment comme « agent pointeur » devant des chancelleries occidentales à Kinshasa. Il va ensuite gravir progressivement les différents échelons de l’appareil de renseignement.


Au cours des années 1990, son parcours se poursuit dans un contexte marqué par les bouleversements politiques et militaires qui conduisent à la chute du régime de Mobutu Sese Seko. Les sources biographiques rapportent qu’il rejoint, vers 1997, l’Alliance des forces démocratiques pour la libération du Congo (AFDL) dirigée par Laurent-Désiré Kabila.

Après la création de l’Agence nationale de renseignements, Kalev Mutond poursuit son ascension au sein de cette institution. Il occupe notamment des responsabilités au département de la sécurité intérieure. En 2007, il devient administrateur principal de ce département, une fonction importante dans la structure des renseignements congolais.

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Le tournant majeur de sa carrière intervient en octobre 2011. Le président Joseph Kabila le nomme administrateur général de l’ANR. Il prend alors la direction de l’un des principaux services de sécurité de l’État congolais et conserve cette fonction jusqu’en 2019.

Pendant près de huit années à la tête de l’ANR, Kalev Mutond devient une personnalité centrale de l’appareil sécuritaire congolais. Il est également considéré comme proche de Joseph Kabila. Son nom est particulièrement associé aux années de tensions politiques qui ont précédé l’alternance de 2019.

Son passage à la tête des renseignements est cependant marqué par de fortes controverses. Des organisations de défense des droits humains et plusieurs personnes ont accusé l’ANR, sous sa direction, d’arrestations arbitraires, de détentions et de mauvais traitements. Ces accusations ont également conduit les États-Unis à le sanctionner en 2016 et l’Union européenne à adopter des mesures restrictives contre lui en 2017.

Kalev Mutond a, de son côté, rejeté plusieurs de ces accusations. Dans une interview accordée à Radio Okapi en 2021, il contestait notamment les accusations de torture, d’assassinats et d’empoisonnements attribuées à l’ANR sous sa direction. Il défendait également le rôle et le statut des agents du renseignement congolais.

En mars 2019, après l’arrivée de Félix Tshisekedi à la présidence de la République, Kalev Mutond quitte la direction de l’ANR et est remplacé par Justin Inzun Kakiak. Après sa carrière dans les services de renseignement, il s’engage publiquement en politique et rejoint le Front commun pour le Congo (FCC) ainsi que le Parti du peuple pour la reconstruction et la démocratie (PPRD), comme il l’expliquait lui-même à Radio Okapi.

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Son parcours connaît ensuite un épisode judiciaire. En 2021, il est visé en RDC par des procédures liées à des accusations de torture, de menaces de mort, d’arrestations arbitraires et d’autres faits qui lui étaient reprochés en rapport avec la période où il dirigeait l’ANR. Il quitte alors le pays pendant plusieurs mois avant de revenir en RDC en 2022.

En août 2023, le procureur général près la cour d’appel de Kinshasa-Gombe annonce la suspension de l’avis de recherche qui le visait, estimant que les raisons ayant justifié cette mesure ne subsistaient plus. La même année, l’Union européenne retire également Kalev Mutond de sa liste de personnes faisant l’objet de mesures restrictives, à la suite de décisions du Tribunal de l’Union européenne.

Dans les dernières années de sa vie, Kalev Mutond s’était installé à Paris. Selon ses proches, il s’y trouvait depuis près d’un an pour recevoir des soins médicaux. Il y est décédé le 5 octobre 2026. Les causes précises de sa mort n’ont pas été rendues publiques par sa famille au moment des premières annonces.

De ses débuts dans les services de renseignement à son accession à la tête de l’ANR, puis à son engagement politique et aux procédures judiciaires qui ont marqué ses dernières années, Kalev Mutond aura occupé pendant plusieurs décennies une place importante dans l’histoire sécuritaire et politique récente de la République démocratique du Congo.

Gracient Martin Mwangala

 

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