Téléphones contrefaits en Afrique : une grande menace pour la sécurité, la santé, la qualité de services et les finances publiques. La RDC prend le dessus!

De plus en plus de pays d’Afrique Subsaharienne prennent les mesures qui s’imposent pour exclure de leur marché les téléphones mobiles qui ne sont pas conformes aux normes internationales. Dans un monde où le téléphone mobile est devenu un outil indispensable pour chaque citoyen qui souhaite interagir, se bancariser ou s’instruire, il devient impératif de veiller à la qualité et la fiabilité des appareils disponibles sur le marché.
Dans bon nombre de pays, on ne dispose pas de données fiables relatives au pourcentage de téléphone contrefaits actifs sur leurs réseaux. En Tanzanie, en 2016, avant que l’Etat ne soit intervenu, il y avait plus de 40 pourcent de téléphones non conformes sur le marché. Toutefois, selon des études disponibles, au Ghana, il y aurait pour plus de 60 pourcent d’appareils mobiles non conformes. Soit des millions et des millions d’appareils sur les réseaux.
Ces dernières années, certains Etats africains sont intervenus pour tenter d’endiguer cette problématique : en 2018, Kenya a mis en place un système basé sur l’octroi d’une autorisation d’importation aux seules entreprises disposant d’une licence, et le dépôt dans les services d’une agence étatique de chaque échantillon d’appareil importé pour des tests techniques. D’autres pays l’ont imité, comme le Nigéria. Plusieurs pays, comme l’Egypte, l’Ethiopie, le Nigéria, la Tanzanie ou encore le Congo-Brazzaville ont installé au sein de l’infrastructure réseau des opérateurs un système leur permettant d’identifier les téléphones contrefaits et de les déconnecter des réseaux. Basé sur la technologie CEIR (Central Electronic Identity Register), un tel système génère une base de données des numéro IMEI (International Mobile Electronic Identity) des appareils mobiles connectés sur les réseaux, capable d’identifier les téléphones contrefaits à partir de leur numéro IMEI (ou de leur absence de numéro IMEI) et de les exclure du réseau. La technologie CEIR, mise en avant par l’Union internationale des télécommunications pour lutter contre la contrefaçon des appareils mobiles, est également la technologie à la base du Registre des Appareils Mobiles (ou RAM), lancé le 24 septembre dernier en République Démocratique du Congo.
Le RAM se caractérise par un système d’implémentation et de financement des plus transparents. Dans l’intérêt des utilisateurs, le RAM prévoit l’échelonnement du paiement de la contribution au RAM dans le temps, pour diminuer l’impact du RAM sur le portefeuille des congolais. Dans le même ordre d’idée, les utilisateurs d’appareils contrefaits bénéficient d’une période de grâce inédite, pour éviter une déconnexion soudaine des réseaux et les conséquences qui y sont liées. En raison de ces différents avantages, d’autres pays s’intéressent déjà de près au modèle du RAM.
Sécurité des données et vie privée
Le temps où le téléphone portable ne servait qu’à appeler est bien loin. Désormais, il sert à réaliser, stocker et partager des photos et vidéos de toute sorte, contacter des proches sur les réseaux sociaux, poster des avis sur des blogs, surfer sur Internet, télécharger et écouter de la musique ou encore procéder à des opérations bancaires. Cette ultra dépendance au téléphone met suffisamment en évidence l’important risque de sécurité auquel les téléphones contrefaits, non conformes aux normes internationales, exposent leurs utilisateurs.
Bon nombre de logiciels malveillants circulent sur Internet, détectant les appareils mobiles sensibles. Les cybercriminels ont recours à de de tels logiciels conçus pour chercher les numéros de cartes de crédit, de sécurité sociale, les informations liées à un compte bancaire ou d’autres informations cruciales pour leur utilisateurs. L’utilisateur ne dispose d’aucun moyen pour s’assurer que le logiciel dans les téléphones portables n’identifie pas des informations permettant aux cybercriminels de commettre un acte illégal ou simplement de s’immiscer dans sa vie privée.
L’Afrique devient le terrain de jeu de ces criminels d’internet, au vu de l’insécurité informatique qui y prédomine, notamment à travers les téléphones contrefaits, encore trop présents sur les réseaux. Outre la vie privée des gens, c’est également leur argent qui est en danger, à coup de chantage et arnaque en tout genre. La dernière arnaque en date a eu lieu le 3 octobre dernier en Ouganda, où des hackers détournèrent plus de 3 millions de dollars appartenant à des utilisateurs à partir du système d’argent mobile.
Qualité des services
Contrairement aux téléphones authentiques, les téléphones contrefaits ne sont soumis à aucun test, ni à aucune évaluation de leur conformité avant leur mise sur le marché.
Plusieurs études sérieuses ont mis en évidence combien les téléphones contrefaits ont un impact sur le réseau entier, provoquant des pertes de capacité au niveau des appels, des pertes de vitesse de transmission des données et un appauvrissement de la qualité de la couverture.
Selon ces mêmes études, en plus de mettre à mal l’expérience de l’utilisateur, les appareils contrefaits sont également à l’origine de charges supplémentaires pour les opérateurs télécoms qui sont obligés d’investir dans de nouvelles antennes pour densifier la couverture et éviter aux consommateurs des poches de couverture qui réduisent l’exposition au réseau.
Santé des utilisateurs
Outre l’impact sur la qualité des services, un risque majeur existe pour la santé des utilisateurs des appareils mobiles contrefaits.
Les appareils contrefaits représentent un réel danger pour la santé des consommateurs. Ces appareils sont fabriqués à partir de matériaux non conformes aux normes, qui peuvent contenir des niveaux élevés de métaux et de produits chimiques tels que le plomb et du cadmium. Dans la plupart des cas, les téléphones et leurs chargeurs ne respectent pas les normes de sécurité électrique de base, ce qui augmente les risques d’incendie et de choc électriques.
Certains composants critiques des appareils contrefaits tels que l’emplacement pour la carte mémoire et la carte SIM qui impliquent un contact physique avec l’utilisateur, se sont avérés être ceux contenant le plus de substances dangereuses, et dans des proportions bien supérieures aux appareils authentiques qui eux, sont conformes aux normes internationales.
Lutter contre l’utilisation des appareils contrefaits en Afrique est impératif pour éviter les cas d’empoisonnement aux métaux et produits chimiques, tous comme les maladies résultant d’exposition aux rayonnements électromagnétiques.
Impact fiscal
Les téléphones contrefaits ne sont pas sans impact sur les finances des Etats, dès lors qu’ils échappent à tout impôt applicable à la vente et à l’importation. En outre, les importateurs et revendeurs évitent de payer leurs impôts sur un quelconque bénéfice, pour ne pas se faire prendre. Combattre la contrefaçon des appareils mobiles, c’est également mettre en lumière ce pan gigantesque de l’économie informelle qui échappe complètement à tout contrôle étatique.

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CP

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