RDC : Dans l’union sacrée, Tshisekedi ne donnera pas des cadeaux gratuits, il faut venir avec quelque chose (Tribune de Claude Musongora)
C’est cette question qui risque d’occasionner des AVC dans le chef de certaines personnalités qui ont rejoint l’Union Sacrée pour la Nation alors qu’elles n’ont rien dans leurs gibecières en termes de poids politique.
En effet, depuis l’annonce de l’Union Sacrée et le début des consultations initiées par le Chef de l’État, nous voyons des acteurs sociopolitiques défiler dans les allées de la sommité du pouvoir, y compris les responsables des partis politiques qui n’ont même pas de députés. Qu’ont-ils à apporter à l’Union Sacrée, du moins sur le plan politique ? Peut-être, y vendre les illusions ou s’y présenter en victimes afin d’espérer y bénéficier d’une compassion, soit pour n’avoir pas atteint le seuil de représentativité soit pour avoir été longtemps en exil. Soit encore que ces personnalités se considèrent comme « providentielles » alors qu’en réalité elles ne peuvent plus rien. Mais cela a un grand risque d’avoir en l’Union Sacrée des regroupements ou partis qui ne sont que l’ombre d’eux-mêmes, des coquilles vides.
Pourtant, en Techniques de négociation, il est un principe qui postule que « pour avoir main courte, il faut demander long bras » (concession entre parties prenantes).
De Kinshasa aux Territoires en passant par les chefs-lieux des provinces, que représentent-ils réellement, eux et leurs plateformes politiques ?
Consécutivement à la configuration politique de l’assemblée nationale, une petite rétrospective et un peu de sociologie politique me renseignent que plusieurs partis politiques sont réduits en coquilles vides depuis la dernière expérience électorale (du moins quand tout observateur averti tente de jauger l’ancrage sociopolitique certaines formations politiques au Kivu).
Sur l’échiquier national, par exemple : L’AR dont fait partie le RCD/K-ML de Mbusa NYAMWISI serait vidé de sa substance avec 8 députés nationaux, le RCD/K-ML n’ayant que 4 seulement sur les 8. Avec 4 députés nationaux, que pouvons-nous attendre d’un personnage qui n’a que 4 députés (localisés en un seul coin du pays), encore que lui-même n’est pas élu et est longtemps resté hors circuit ? Le G7 avec 12 députés nationaux sur toute l’étendue de la RDC. Le MLC avec ses 17 députés nationaux sur toute l’étendue de la RDC. L’UNC avec ses 16 sièges à la députation Nationale sur toute l’étendue de la RDC. Le PALU et Alliés avec ses 18 sièges à la députation Nationale sur toute l’étendue de la RDC. Le MS avec ses 19 députés nationaux sur toute l’étendue de la RDC. L’AABC de Julien PALUKU a 20 députés nationaux et constitue un même groupe parlementaire avec le CODE (qui a 8 députés nationaux). Au sein de AABC, le BUREC a, à lui seul, plus de 10 députés nationaux, plus de 20 Députés provinciaux (8 au Nord-Kivu, 5 en Ituri,…), 1 Sénateur,
des ministres provinciaux, 1 Gouverneur de Province (au Nord-Kivu), 1 Ministre dans le Gouvernement de la République (Industrie) en la personne de Julien PALUKU KAHONGYA.
Le BUREC en tant que véritable machine politique a eu ses résultats à l’issue de sa première expérience électorale (sa première participation à la compétition électorale de 2018-2019 en tant que parti à la fois jeune et vieux de huit ans aujourd’hui).
Outre les résultats des regroupements évoqués ci-dessus, il y a AMK avec ses 23 députés, AAB avec ses 27 sièges conquis, ADRP avec 23 députés, UDPS avec ses 32 élus nationaux, PPPD avec 23 députés, AFDC-A avec 41 députés nationaux et PPRD avec 56 sièges au Parlement.
De ce qui précède, dans un régime démocratique, mieux dans un système particratique, l’unité de mesure du poids politique d’un Parti ou d’un leader est le nombre de sièges que ledit parti ou ledit leader a conquis au sein du parlement ou au sein des assemblées provinciales. Et c’est le leader de chaque regroupement qui incarne, dans une large mesure, le poids de sa composante politique. Si pour les uns et les autres leaders, ils jouent à la fois un rôle important tout en conférant un réel poids politique à leurs partis ou regroupements, pour Mbusa NYAMWISI ce n’est pas le cas. Ce dernier peut, certes jouer un rôle minimal dans les jeux des acteurs, mais il ne confère pas pour autant un réel poids politique à son Parti aujourd’hui.
Bref, la primauté du poids politique dans les jeux des acteurs sociopolitiques dans un système particratique marque une rupture avec les formes de légitimité du notable traditionnel ou de l’homme providentiel. Le courage et l’élégance politique dicteraient à certains personnages de prendre acte de cette donne et de cultiver en eux l’esprit d’humilité, même lorsqu’ils se retrouveraient autour d’une même table de négociation.
Claude Musongora, analyste politique indépendant





