Dans l’Est de la République démocratique du Congo, les populations vivant sous contrôle des rebelles de l’AFC/M23 soutenus par le Rwanda, sont privées d’accès aux services bancaires. À Goma, Bukavu et dans d’autres localités occupées, les agences ont fermé leurs portes, laissant les habitants sans liquidités ni soutien institutionnel. La tentative des rebelles de relancer la CADECO reste largement symbolique : l’établissement ne sert plus qu’à lever des taxes imposées par les forces armées.
À Kinshasa, le gouvernement affirme que la sécurité prévaut sur tout. « Les banques ne sont pas fermées du fait de notre volonté, mais du fait du fonctionnement du système et des conditions de sécurité, y compris pour les épargnants », a déclaré le porte-parole Patrick Muyaya lors d’un point de presse le 3 juin. Le gouvernement s’exonère ainsi de toute responsabilité directe dans l’asphyxie économique de ces territoires.
Une position que ne partagent ni les acteurs de la société civile, ni certains leaders politiques. Nombreux dénoncent un abandon déguisé, voire un désengagement pur et simple de Kinshasa. Interrogé à ce sujet, Patrick Muyaya défend la ligne gouvernementale : « Quelle est la banque qui va accepter de travailler avec un mouvement qui est sous sanctions américaines ? » rappelle-t-il, en référence à l’OFAC, l’agence américaine en charge des sanctions économiques.
L’ancien président Joseph Kabila a profité de cette crise pour sortir de son silence. Dans une prise de parole remarquée, il a accusé le pouvoir en place de laisser « les populations livrées à elles-mêmes », dénonçant notamment « la déconnexion des institutions financières locales du réseau bancaire national » et « la restriction des mouvements des personnes et des biens », deux dynamiques qu’il juge responsables de « l’asphyxie » de l’Est.
Même son de cloche du côté de l’Église catholique. Dans un message diffusé le 16 mai, les évêques de la CENCO évoquent une « crise multiforme » et s’alarment de la fermeture des banques, des aéroports, et de l’isolement croissant des familles. Pour eux, cette situation aggrave une détresse déjà insupportable pour des milliers de foyers.
Le gouvernement tente de rassurer. « Le Président de la République et nous tous, gouvernement, nous travaillons à donner un coup d’accélérateur à tous les processus en cours », a insisté Muyaya, appelant à une mobilisation nationale face aux « bouchers de Goma », selon ses propres mots.
PK





