Haut-Uélé : face aux accusations de connivence avec Corneille Nangaa, le gouverneur Jean Bakomito multiplie les diversions

 

Itinérance, sécurisation des périmètres miniers de Kibali Gold Mine, descentes sur le terrain… Autant d’actions que le gouverneur de la province du Haut-Uélé semble mettre en avant pour détourner l’attention de la population des allégations faisant état de manœuvres visant à faciliter l’arrivée de son oncle, Corneille Nangaa, à Isiro.

La situation devient d’autant plus préoccupante que le gouverneur paraît vouloir sauver son oncle, aujourd’hui en disgrâce non seulement auprès du président rwandais Paul Kagame, mais également de Joseph Kabila, qui chercherait à prendre la tête de la rébellion AFC/M23, dont il est présenté comme l’initiateur, afin de « congoliser » l’agression rwandaise. Le dernier rapport du Groupe d’experts des Nations unies, publié il y a quelques jours, fait notamment état de nouvelles dynamiques au sein de cette rébellion. Selon plusieurs observateurs, Joseph Kabila compterait désormais sur certains relais, notamment dans le Haut-Uélé et le Lualaba.

Dans ce contexte, les appels se multiplient pour que les députés provinciaux fassent toute la lumière sur ce dossier. Beaucoup estiment qu’ils doivent assumer pleinement leurs responsabilités face à un gouverneur accusé d’avoir abandonné le programme de gouvernance présenté devant l’Assemblée provinciale.


Celui qui est régulièrement accusé de spoliation de périmètres miniers appartenant à Kibali Gold Mine se présente aujourd’hui comme le défenseur de cette entreprise, alors que plusieurs voix l’accusent d’avoir favorisé des opérateurs chinois au détriment des populations locales. D’autres dénoncent également une volonté de réserver les activités de sous-traitance aux membres de son parti politique. C’est d’ailleurs avec ces derniers que des manifestations contre Kibali Gold Mine auraient récemment été organisées, une initiative à laquelle les députés de Wamba se sont opposés, malgré les tentatives de les présenter comme proches de Corneille Nangaa.

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L’Assemblée provinciale est ainsi appelée à s’affirmer avant qu’une intervention du Vice-Premier ministre, ministre de l’Intérieur, ne devienne nécessaire pour rétablir le fonctionnement normal des institutions provinciales.

À titre de rappel, plusieurs médias de Kinshasa avaient récemment publié des informations selon lesquelles le gouverneur Jean Bakomito préparerait l’arrivée de son oncle Corneille Nangaa à Isiro ou dans son territoire d’origine de Wamba, où ce dernier envisagerait d’établir son quartier général.

Ces révélations ont suscité une vive agitation au sein de l’entourage du gouverneur. Le ministre provincial, porte-parole du gouvernement, ainsi que son chargé de communication ont réagi chacun de leur côté, sans coordination apparente. Pour certains observateurs, cette communication désordonnée traduit une certaine fébrilité et des difficultés à répondre de manière cohérente aux accusations portées par la presse.

Pourtant, les faits évoqués sont jugés suffisamment graves pour mériter des vérifications approfondies. Si les allégations selon lesquelles le gouverneur préparerait l’accueil de son oncle devaient être fondées, elles devraient être prises avec le plus grand sérieux afin d’éviter que le Haut-Uélé ne connaisse une dégradation comparable à celle observée dans certaines parties du Nord-Kivu et du Sud-Kivu.

Depuis plusieurs mois, la colère gronde dans le Haut-Uélé. Une partie de la population dénonce l’indifférence des autorités provinciales, qu’elle accuse de privilégier leurs intérêts personnels au détriment du bien-être des habitants, pourtant installés sur une province riche en ressources aurifères.

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Excédés par la dégradation continue de la situation sécuritaire, les habitants avaient paralysé la ville d’Isiro : commerces fermés, transports interrompus et administrations désertées. Pour certains, cette crise aurait pu servir de prétexte à une éventuelle intervention de Corneille Nangaa, présentée comme une réponse à l’insécurité.

Diversion politique

Alors que le partenariat stratégique entre Kinshasa et Washington semble contribuer à contenir les ambitions de l’AFC/M23 dans l’Est du pays, le Haut-Uélé paraît, selon plusieurs observateurs, livré à lui-même.

À Isiro, nombreux sont ceux qui estiment que les autorités provinciales accordent davantage d’attention à la protection de leurs intérêts économiques, notamment dans l’exploitation semi-industrielle de l’or avec des partenaires chinois, qu’aux préoccupations sécuritaires de la population. Cette attitude alimente les interrogations : s’agit-il simplement d’une négligence ou d’une stratégie délibérée ?

Pendant ce temps, la province reste confrontée à plusieurs menaces : les Mbororo au nord, les ADF à l’est et l’AFC/M23 au sud. Une situation qui devrait conduire les autorités provinciales à faire de la sécurité leur priorité absolue.

L’impératif pour Kinshasa

Face à cette situation, le gouvernement central est appelé à faire preuve de vigilance. Plusieurs voix plaident pour une évaluation approfondie de la gouvernance du Haut-Uélé avant que le mécontentement populaire ne débouche sur une crise plus grave.

Au-delà des considérations politiques, la protection des populations devrait primer sur les intérêts économiques ou privés. Les autorités compétentes gagneraient également à vérifier si les tensions actuelles relèvent d’une simple mauvaise gouvernance ou s’inscrivent dans une stratégie plus large visant à préparer l’opinion à d’éventuels développements sécuritaires dans cette province.

CP

 

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