Le gouvernement congolais prend des mesures pour assainir le secteur du transport fluvial. Dans une démarche sans précédent, 240 ports illégaux ont été fermés dans 14 provinces du pays, marquant un tournant dans la lutte contre l’anarchie qui règne sur les voies navigables en République Démocratique du Congo (RDC). L’annonce a été faite par Jean-Pierre Bemba, Vice-Premier ministre et ministre des Transports, dans une lettre officielle adressée au ministre de l’Intérieur, dont copie est parvenue au média en ligne non-aligné vendredi 9 mai.
« Cette mesure vise à restaurer l’autorité de l’État et à mettre fin à l’anarchie qui règne sur nos voies navigables », a affirmé le ministre Bemba, évoquant un secteur longtemps gangrené par des pratiques illégales. La décision découle des recommandations émises lors des 46e et 52e réunions du Conseil des ministres, qui avaient dénoncé le rôle néfaste de ces ports non homologués dans l’essor de l’insécurité, de la contrebande et de l’évasion fiscale.
Derrière cette initiative se cache un constat alarmant : de nombreux ports fonctionnant sans autorisation légale servent de points de passage incontrôlés, échappant à toute forme de régulation. « Il est temps d’assainir un secteur gangréné par des complicités à tous les niveaux », a martelé le ministre sectoriel, déterminé à imposer l’ordre dans un secteur crucial pour l’économie nationale.
Mais l’opération ne sera pas exempte de controverses. Selon des sources proches du dossier, plusieurs personnalités politiques influentes seraient propriétaires de ces installations illégales. Le sénateur Modeste Bahati Lukwebo et l’ancien ministre José Makila figurent sur une liste confidentielle consultée par Enquête.cd. Des administrateurs territoriaux et des chefs de secteur figureraient également parmi les bénéficiaires de ces ports illégaux.
Face à ces implications politiques sensibles, le ministère des Transports insiste sur le respect de la loi. « Quelle que soit la position ou l’influence des personnes impliquées, la loi doit être appliquée », a déclaré un membre du cabinet de Bemba, s’exprimant sous couvert d’anonymat. Cette déclaration illustre la détermination du gouvernement à aller jusqu’au bout, malgré les risques de troubles.
La correspondance du ministre des Transports était adressée non seulement au ministre de l’Intérieur, Jacquemin Shabani, chargé de sa mise en œuvre, mais également au chef du gouvernement et au président de la République. C’est un signal fort que le dossier est désormais suivi au plus haut niveau de l’État.
Au-delà de l’aspect sécuritaire, cette opération pourrait ouvrir la voie à une réforme fondamentale du transport fluvial en RDC. Elle traduit une volonté politique de renforcer la transparence et de rétablir l’ordre dans un secteur stratégique longtemps abandonné aux intérêts privés.
PK





