Les rebelles des ADF traversent une phase de transformation, marquée par un repositionnement idéologique, une pression militaire et une réorganisation de leurs opérations. C’est ce que révèle le dernier rapport du Groupe d’experts des Nations unies, qui met en lumière les effets des offensives conjointes des FARDC et de l’UPDF, le rapprochement grandissant avec Daech ainsi que la disparition présumée d’un important commandant du mouvement.
Selon le rapport, les ADF abandonnent progressivement leur appellation historique de Forces Démocratiques Alliées (ADF) au profit de celle de « Province d’Afrique centrale de l’État islamique ». Les experts estiment que cette évolution traduit la volonté du groupe de renforcer son identité au sein de la mouvance de Daech plutôt que de se présenter comme une simple rébellion locale.
Cette stratégie s’est notamment illustrée en septembre 2025, lorsqu’une vidéo de propagande diffusée par Daech a présenté les ADF sous cette nouvelle appellation. Les publications de l’organisation jihadiste continuent par ailleurs de qualifier les attaques des ADF de « croisade contre les chrétiens congolais » menée par les « soldats du califat ».
Sur le terrain, le rapport souligne que les opérations militaires des FARDC contre les ADF ont été freinées par le déploiement d’une partie importante des effectifs sur le front contre l’AFC/M23. Face à cette contrainte, l’armée congolaise s’est davantage appuyée sur plusieurs groupes Wazalendo, notamment l’Union des Patriotes pour la Libération du Congo (UPLC), des éléments du Nduma Défense du Congo-Rénové (NDC-R) ainsi qu’un détachement local de l’Alliance des Patriotes pour un Congo Libre et Souverain (APCLS). Ces groupes ont participé aux opérations menées contre les cellules des ADF dans les environs de Manguredjipa, en territoire de Lubero, ainsi qu’aux combats sur le site minier de Muchacha en mars 2026.
Pour les experts de l’ONU, cette coopération illustre les adaptations opérées par les FARDC afin de maintenir la pression sur les rebelles malgré la multiplication des fronts militaires. Le rapport évoque également la disparition présumée de Muhammad Kasibante, alias « Difenda » ou « Defender », considéré comme l’un des principaux commandants militaires des ADF. Selon les informations recueillies par les experts, il aurait succombé à des blessures subies lors d’affrontements avec les forces engagées dans l’opération Shujaa, le 14 mars 2026, le long de la rivière Lindi, à Asangwa, dans le secteur de Bapere. Les Nations unies précisent toutefois n’avoir pas été en mesure de confirmer cette information de manière indépendante.
Pour le Groupe d’experts, ces différents éléments montrent que les ADF cherchent à préserver leur capacité de nuisance en adaptant leur organisation, leur communication et leurs alliances, tout en faisant face à une pression militaire persistante dans l’Est de la République Démocratique du Congo.
JC Mbafumoja





