Dialogue national : Tshisekedi veut éviter les erreurs des précédents processus

 

Le Président de la République, Félix-Antoine Tshisekedi, veut tirer les leçons des précédents processus de dialogue ayant marqué l’histoire politique de la République démocratique du Congo. Dans son allocution à la Nation prononcée le 27 août, le Chef de l’État a annoncé le lancement du processus du Dialogue national pour la paix, la cohésion et la refondation de l’État.

Pour Félix Tshisekedi, la multiplication des crises au cours des dernières décennies impose de repenser la manière dont les dialogues nationaux sont conçus et conduits. Il reconnaît que des initiatives comme la Conférence nationale souveraine ou encore le Dialogue intercongolais de Sun City ont permis, à certaines étapes, de rapprocher les acteurs politiques, de restaurer les institutions et de contribuer à la résolution de crises.

Cependant, estime-t-il, ces processus n’ont pas permis de s’attaquer durablement aux fragilités structurelles de l’État congolais.


Le Président de la République relève notamment trois faiblesses majeures : le recours au partage du pouvoir au détriment de la consolidation de l’État, la participation insuffisante de la population à l’élaboration des conclusions et l’absence de mécanismes efficaces pour assurer le suivi et l’exécution des engagements pris.

« Les accords ne doivent plus seulement produire des signatures, mais des résultats concrets », soutient en substance le Chef de l’État.

Tirer les leçons des erreurs du passé

Félix Tshisekedi reconnaît également que certaines décisions prises dans le passé ont privilégié la recherche immédiate de l’arrêt des violences au détriment du traitement des causes profondes des conflits.

Il dénonce notamment une situation dans laquelle la violence a parfois pu apparaître comme le moyen le plus rapide d’obtenir une reconnaissance politique. Il estime également que certaines victimes ont été appelées à pardonner alors qu’elles n’avaient pas encore été suffisamment entendues, reconnues ou réparées.

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Sur le plan sécuritaire, le Président maintient toutefois que la reconnaissance des fragilités internes de la RDC ne doit pas conduire à occulter la responsabilité des acteurs extérieurs dans la crise qui sévit dans l’Est du pays.

La défense de la souveraineté et de l’intégrité territoriale demeure ainsi, selon lui, une ligne rouge.

Pas de négociation politique avec l’AFC/M23 à travers le Dialogue national

Félix Tshisekedi a également tenu à distinguer le futur Dialogue national du processus de Doha.

Selon lui, Doha demeure le cadre approprié pour traiter avec l’AFC/M23 des questions directement liées au conflit armé, notamment la cessation des hostilités, le désengagement, le cantonnement et le désarmement.

Le Dialogue national ne devra donc pas servir de nouvelle plateforme de négociation permettant à un groupe armé d’obtenir, par la force, une légitimité politique.

Le Chef de l’État ouvre néanmoins la voie à une réintégration individuelle des combattants qui renonceraient, de manière vérifiable, à la violence. Celle-ci devra s’effectuer dans le cadre des mécanismes de désarmement, démobilisation, réintégration et stabilisation.

Mais le Président insiste sur un autre principe : la paix ne pourra pas être bâtie au prix de l’impunité.

Les crimes de guerre, crimes contre l’humanité, actes de génocide ainsi que les violences sexuelles graves ne sauraient, selon lui, être effacés au nom d’un compromis politique.

Les 26 provinces appelées à participer

Autre particularité du processus annoncé : les consultations ne commenceront pas directement à Kinshasa.

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Le processus devra d’abord être déployé dans les 26 provinces du pays. Des consultations politiques et techniques seront organisées afin de recueillir les préoccupations des populations sur les questions d’insécurité, les conflits fonciers et coutumiers, les tensions communautaires, les inégalités, les insuffisances administratives et les obstacles au développement.

Les femmes, les jeunes, les travailleurs, les personnes vulnérables, les entrepreneurs, les agriculteurs, les enseignants, les chercheurs, les artistes, les professionnels de santé, les acteurs de l’économie informelle ainsi que la diaspora congolaise sont également appelés à prendre part aux consultations.

Les différentes contributions recueillies dans les provinces devront être regroupées dans un document de synthèse qui servira de base aux assises nationales prévues à Kinshasa.

Un Comité d’organisation bientôt mis en place

Pour encadrer le processus, Félix Tshisekedi annonce la création prochaine d’un Comité d’organisation du Dialogue national.

Cette structure aura notamment pour mission de préparer les aspects administratifs, matériels et logistiques du processus et de présenter un rapport préliminaire.

Une ordonnance présidentielle ultérieure devra ensuite convoquer officiellement le Dialogue et déterminer ses principes directeurs, ses différentes étapes, les modalités de représentation des participants ainsi que les mécanismes destinés à assurer le suivi et la mise en œuvre des conclusions.

En lançant cette initiative, Félix Tshisekedi appelle les acteurs politiques à éviter de transformer le Dialogue national en instrument de repositionnement personnel ou de règlement de comptes.

Le Chef de l’État dit vouloir garantir un processus indépendant, représentatif et sécurisé, dont les conclusions devront se traduire en décisions, réformes et résultats concrets au bénéfice de la population congolaise.

Gracient Martin Mwangala

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